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COLLOQUE Résurgences de l’épique dans la poésie française et francophone de l’extrême-contemporain (1990-2026)

  • Date de tombée (deadline) :

2-3 juin 2027

Sorbonne Université – Université Paris 8

APPEL À COMMUNICATIONS

Depuis une vingtaine d’années, les études concernant l’épopée et l’épique se sont multipliées, avec des publications, des colloques, souvent dans une démarche comparatiste, autour de cette question[1]. Elles accompagnent la création de projets et de réseaux de recherches importants, comme le « Projet Epopée », fondé en 2015 à l’Université Grenoble Alpes par Florence Goyet, ou les rencontres récentes du Réseau Euro-Africain de Recherches sur les Épopées (REARE). Florence Goyet parle d’une « véritable révolution critique[2] », dont un des premiers résultats a été de mettre au centre de l’attention l’épique moderne, soit des textes aux antipodes de ce que décrivaient les travaux sur Homère ou Virgile. Elle évoque ainsi une « approche par les marges[3] ». L’approche critique la plus répandue a en effet consisté à interroger les frontières floues du genre : il s’est agi, pour des spécialistes du XIXè et du XXè siècles, de se pencher sur la relation très ambiguë que ces siècles entretenaient avec l’épopée, entre nostalgie, refus véhément et tentative de recréation. En somme, l’épique relaie alors l’épopée, « il s’offre pour la relayer et, comme un génotype latent, nourrir des phénotypes (textes) variés, mutants, magnétisés par la démesure et l’immensité d’un épos qui trouve ainsi de multiples relais et des ‘‘seconds souffles’’[4] ».

Ce flou mérite que l’on s’y arrête et qu’on l’interroge. Il est certain que l’épopée n’est pas facile à prendre sous l’objectif. Mais peut-être faudrait-il retourner la perspective et se dire que ce qui est un danger, une difficulté, pour la recherche, est une chance pour l’écriture : nous entendons par là que ce continuum entre l’épique au sens le plus vague et l’épopée au sens strict, s’il empêche de définir l’épopée, permet en revanche d’en recycler en ensemble unitaire des éléments virtuellement contradictoires.

Un corpus reste à constituer. Les nouvelles épopées en vers libres d’Anne Weber, Antoine Wauters, et Laura Vazquez ; le Cycle des exils de Patrick Beurard-Valdoye (soit un ensemble de livres enchevêtrant les strates d’une histoire de l’Europe) ; Centre épique de Jean-Michel Espitallier ; Porte du soleil de Christophe Manon, paru chez Verdier ; les textes de Pierre Vinclair et Jacques Darras, ainsi que leurs travaux théoriques sur l’épique et le réinvestissement dans leur propre écriture de cette réflexion. Il faudrait aussi évoquer Jacques Darras – auteur de La Maye[5], poème fleuve composé de 1988 à 2016, et de l’essai aux allures de manifeste Épique ! Le poète dans le temps[6].

Dans le domaine des poésies francophones postcoloniales, on a volontiers décelé un horizon épique dans le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, Les Indes de Glissant ou dans certaines pièces des Éthiopiques de Senghor. On trouve aussi des échos nets de l’épique dans la poésie québécoise de la deuxième moitié du xxe siècle, que l’on pense à la cartographie lyrique du pays dans L’Homme rapaillé de Gaston Miron[7] ou au souvenir de la guerre qui hante Mémoirede Jacques Brault[8] ou à la dénonciation de l’impérialisme anglais dans le poème Speak white de Michèle Lalonde[9]. Cette catégorie semble moins mobilisée pour des corpus plus récents, tandis que la geste anticoloniale a fait place à la désillusion ou au soupçon, qui s’actualisent plutôt dans le lyrisme ou la satire. Pourtant les textes contemporains, en se confrontant aux questions de la migration (Ananda Devi, Ceux du large[10] ; Tanella Boni, Insoutenable frontière[11]) ou de l’écologie (Samy Manga et Caroline Despont, Opinion poétique[12] ; Louis-Philippe Dalembert, En marche sur la terre[13]) réactivent une dimension épique, notamment dans sa veine odyséenne.

Le flou précédemment évoqué n’est donc pas seulement un problème théorique : il constitue véritablement une chance pour l’écriture contemporaine, qui peut puiser dans l’épopée des éléments hétérogènes — ampleur, tension collective, rapport à l’histoire, voix de récitation, motifs de voyage ou de catabase — sans reconduire ses normes anciennes.

 

Parmi les premiers traits définitoires des textes composant le corpus d’études, un premier point à souligner est que nous avons une qualification générique qui n’est pas seulement affaire de réception. Il y a, chez plusieurs auteurs contemporains une intention explicite d’inscription dans la lignée de la poésie épique. Elle peut apparaître dans des titres ou des sous-titres comme chez Anne Weber[14], Monchoachi[15] ou Sylvie Kandé[16]. Parfois, un discours d’escorte est amené à faire le lien comme chez Christophe Manon[17].

Tous ces textes vont bien sûr se caractériser par la reprise, l’actualisation, voire le détournement d’un certain nombre d’éléments précis du code de l’épopée (comme l’ampleur du style ; l’oralité, via la présence d’un récitant) ; ils vont également se caractériser par leur relecture de certains thèmes et motifs classiques de l’épopée (ainsi le bellicisme, ou le motif de la descente aux enfers…). Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Un point qui nous semble autrement plus important, c’est que ces œuvres, en recommençant l’épopée de manière souvent plus modeste et plus humble, nous conduisent, à partir de cette ambition épique renouvelée, à repenser les relations entre poésie et histoire.

Ces textes peuvent en effet permettre de réfléchir à la façon propre à la poésie de dire l’histoire, les événements collectifs ; à la façon, notamment, dont la poésie peut exprimer les traumatismes de l’histoire. Dans son essai Épique ! Le poète face au temps, à partir d’une méditation sur la première guerre mondiale et l’impossibilité de « regonfler le genre épique au lendemain de cette saignée[18] », Jacques Darras explique son désir de composer une épopée qui, tout en abandonnant la fascination pour la guerre, garderait l’ambition totalisante du genre, au service de la paix européenne : « Éparpillé jusqu’à l’éclat, le sujet européen ne peut se satisfaire quant à lui ni des anciennes idéologies nationales, ni d’aucune forme de totalitarisme sommaire.  Comment faire un tout sans hypothéquer les parties serait notre manière à nous de poser le problème. C’est un problème politique, assurément, mais tout autant un problème poétique[19]. »

Le cycle des livres de Monchoachi sous-titrés « Lémistè »[20], cycle qui se déploie depuis plus d’une dizaine d’années, revient quant à lui sur le peuplement de la Caraïbe et des Amériques en interrogeant la naissance de la culture et de la langue créole, dans sa diversité. Les odyssées collectives entrent en écho avec les entremêlements des pratiques culturelles et linguistiques, dont le texte rend compte dans une langue privilégiant les effets de rupture et les glissements d’une langue à l’autre, notamment du français au créole (et inversement).

En revenant sur le passé, ces textes entendent donc aussi interroger voire servir le présent ; ils s’inscrivent tout à fait, de ce point de vue-là, dans la tradition de l’épopée – puisque comme le rappelle Florence Goyet, à travers un récit du passé, il s’agit toujours, pour l’épopée, de réinterpréter le présent, de l’éclairer. Même quand les poètes se tournent vers le passé – que ce soit la période de la seconde guerre mondiale ou celles, plus lointaines, des conquêtes coloniales– nous avons bien un travail au présent, pour le présent, et aussi avec des outils formels du présent. En effet, ces textes dialoguent avec le genre de l’épopée tout en entendant inventer des formes artistiques nouvelles pour rendre compte du témoignage des anciens et des traces du passé : le narré chez Patrick Beurard-Valdoye, la réminiscence du récit de voyage chez Sylvie Kandé, les élégies documentaires chez Muriel Pic ; la langue hybride de Monchoachi… Songeons aussi au travail formel de Christophe Manon pour que le flux narratif de l’épopée trouve à s’allier avec la stase définitoire du poème moderne, ou encore à celui d’Oliver Rohe, pour parvenir à écrire, avec Chant balnéaire, « une épopée de la vie ordinaire, de la vie ordinaire en temps de guerre[21] ».

Ces œuvres nous renvoient par ailleurs à la question de la distance ou de l’adhésion au présent que pose la récupération de l’épopée par la poésie moderne. Porte du soleil de Christophe Manon trace un double pèlerinage filial et épique, en se plaçant d’emblée sous le patronage littéraire de Virgile et de Dante, mais il n’en est pas moins un livre aux prises avec son époque, avec la politique de son époque. Dans un entretien pour Diacritik, Manon a recours au terme de « chronique[22] » pour justifier cette inscription des représentants du pouvoir politique au sein de son récit. Or associé à un désir d’épopée clairement assumée et revendiquée, le mot « chronique » vient ancrer le genre dans une actualité brûlante au lieu de le renvoyer à la distance de l’histoire. On trouve également des échos de l’actualité internationale chez Samar Chaaban, avec l’évocation du conflit israélo-palestinien[23], ou chez Joëlle Sambi, avec la logique extractiviste à l’œuvre en Afrique centrale[24].

Autre point récurrent dans plusieurs de ces « nouvelles épopées » : la façon dont elles se font épopée d’un moi pluriel, exploration d’une histoire personnelle élargie, qui inclut l’histoire d’une région, d’une nation, d’un espace… Avec le long poème narratif La Maye, Jacques Darras passe contrat avec un lieu géographique précis, et sinueux, soit le fleuve qui donne son titre au poème, fleuve cheminant dans ce territoire du Nord qui fut ouvert à toutes les invasions militaires ; et il retisse, à partir de son cours, les liens entre mémoire individuelle et mémoire commune [25]. Apparaît ainsi un nouveau mode d’épopée où l’autobiographique, le narratif et le rythmique se croisent et dialoguent dans la conscience plus ou moins intense du temps et de l’espace. Dans ce type de démarche, l’inscription du « moi » dans un collectif plus large peut prendre des allures de parodie épique, comme dans Des odeurs de bretzels, de barbecue et de weed de Selim·a Atallah Chettaoui[26] ou dans les cent chants poétiques de Toute l’œuvre incomplète de François Hébert, inspirée de Dante, qui se déroule entre Paris et Montréal[27].

L’épopée pourrait sembler incompatible avec le prosaïsme du monde moderne. Or force est de constater que l’acte d’inscription dans la tradition épique peut être mis au service de la représentation d’un univers contemporain marqué par ce « prosaïsme de la modernité », avec des épopées résolument au et du présent, embrassant sans réserve leur époque et leur espace. Avec son Livre du large et du long, Laura Vazquez raconte le voyage d’une voix et d’un corps pluriel dans le magma du monde qui les entoure, des choses les plus intérieures (sensations) aux plus larges (guerre, populations humaines)[28]. Cette tentation de déborder le lyrisme par une dimension cosmogonique qui inscrit un prolongement épique au projet poétique peut se lire dans certains recueils d’Amina Saïd, comme Gisements de lumière[29], qui fait coïncider l’émergence du sujet lyrique avec une représentation de la naissance du monde. Songeons également à l’initiation à la vie en milieu naturel à laquelle nous invite Gabrielle Filteau-Chiba dans La Forêt barbelée[30]. Cette dimension cosmogonique où le sujet lyrique se situe par rapport à un collectif est également très présente dans la poésie contemporaine autochtone au Québec, comme chez Natasha Kanapé Fontaine[31].

D’ailleurs, on pourrait s’essayer à une sorte de classification des tentations épiques contemporaines, avec des tentations plutôt homériques, des tentations plutôt bibliques, le modèle Whitman, aussi, qui imprègne l’œuvre de Pierre Vinclair, proche d’une certaine prosodie visuelle américaine.

On pourra donc se demander quelles épopées les poètes du XXIème siècle tendent à écrire. Une épopée des petits, avec le choix de se tourner vers des vies plus « minuscules » ? L’épopée d’un corps, d’une voix, le « je », confronté à la violence du monde, étant, chez Laura Vazquez, Selim·a Atallah Chettaoui ou Oliver Rohe, comme un centre atomique, atomisé dans ses sensations ? Des épopées mettant l’ambition totalisante du genre au service de la paix européenne ou mondiale ? Bien sûr, se demander quelle épopée ces poètes veulent écrire, quel récit collectif ils et elles tendent à construire, c’est réfléchir aux valeurs qu’ils et elles veulent proposer à la société et, partant, nécessairement interroger la place et le rôle de la poésie dans la cité. Tanella Boni s’interroge ainsi : « Explorons les accidents de la grande histoire / Afin d’apercevoir notre place incongrue[32] ». Cette place et ce rôle pourront aussi être étudiés en se penchant sur ces performances qui tendent à rendre le texte épique à son statut originel de co-construction entre public et récitant, le public physiquement présent influant par ses réactions sur la récitation et la composition.

 

Il sera également intéressant de réfléchir à la tension ou à la porosité avec le récit, et d’inscrire cette réamplification du format du poème dans l’histoire de la poésie. Il y a eu, chez plusieurs écrivains modernistes, un « renouvellement du poème qui s’est effectué par un ressourcement narratif et épique », ainsi que le montre bien Emilien Sermier dans son ouvrage Une saison dans le roman[33]. On peut trouver ce type d’ambivalence générique chez Laura Vazquez, Antoine Wauters, Dany Laferrière ou Jacques Darras.

Ailleurs, au contraire, l’épopée peut apparaître en filigrane dans des pièces plus brèves, à l’état de question, de prolongement possible ou d’horizon du texte, notamment quand les créateurs ou créatrices pratiquent aussi des performances qui donnent à leurs phrases l’ampleur et le rapport au collectif de certaines pratiques traditionnelles épiques. On pense ici, entre autres, à la poésie slam de Marc Alexandre Oho Bambe[34] ou de Joëlle Sambi.

Enfin, plusieurs de ces nouvelles épopées du XXIème siècle brouillent les frontières entre fiction et non fiction, montrant que la poésie est traversée par les mêmes tensions que la production contemporaine dans son ensemble. Il y a une tension, chez certains auteurs, entre des textes procédant à partir de sources documentaires et des récits fictionnels ; leurs écrits permettent alors aussi de réfléchir à la ligne de partage entre invention et documentation. On pourrait trouver des exemples chez Anne Weber, Patrick Beurard-Valdoye et bien d’autres.

 

Il nous semble donc qu’il faut prendre au sérieux l’aspiration de plusieurs poètes du XXIème siècle à établir un dialogue avec la tradition épique, à se l’approprier, la réélaborer, dans leur propre perspective.

 

Le colloque aura lieu à Paris les 2-3 juin 2027. Les propositions de communications (titre, résumé d’environ 300 mots et brève notice bio-bibliographique) sont à adresser avant le 28 septembre 2026 à Pauline Flepp (pauline.flepp@gmail.com) et à Florian Alix (florian.alix.13@gmail.com).

 

Comité scientifique :

·      Benoît Auclerc (Université Lyon 3)

·      Olivier Belin (Sorbonne Université)

·      Maxime Del Fiol (Université Montpellier Paul Valéry)

·      Laure Michel (Université Lyon 2 Lumière)

·      Delphine Rumeau (Université Grenoble Alpes)

·      Nathalie Watteyne (Université de Sherbrooke)

 

[1] Saulo Neiva, Désirs et débris d’épopée au XXe siècle, Bern, Peter Lang, 2009 ; Delphine Rumeau, Chants du Nouveau Monde. Épopée et modernité, Paris, Classiques Garnier, 2009 ; Cédric Chauvin, Référence épique et modernité, Paris, Honoré Champion, 2012 ; Vincent Dussol, Elle s’étend l’épopée. Relecture et ouverture du corpus épique, Bruxelles / New York, Peter Lang, 2012 ; Inès Cazalas et Delphine Rumeau (dir.), Épopées postcoloniales, poétiques transatlantiques, Paris, Classiques Garnier, 2020 ;
[2] Florence Goyet, “L’Épopée (première partie)”, Bibliothèque comparatiste, n. 5, 2009, URL : https://sflgc.org/bibliotheque/goyet-florence-lepopee-premiere-partie/, page consultée le 15 avril 2026.
[3] Ibid.
[4] Daniel Madelénat, « Présence paradoxale de l’épopée : hors d’âge et sur le retour », Désirs & débris d’épopée au XXe siècle, op. cit., p. 383.
[5] Jacques Darras, La Maye, Pantin, Le Castor Astral / In’hui, 2016.
[6] Jacques Darras, Épique !, op. cit., p. 185.
[7] Gaston Miron, L’Homme rapaillé, Montréal, Typo, 1996 [1970].
[8] Jacques Brault, Mémoire [1965], dans Œuvres, ed. François Dumont, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2023.
[9]  Michèle Lalonde, Speak white [1968], Montréal, L’Hexagone, 1974.
[10] Ananda Devi, Ceux du large, Paris, Bruno Doucey, 2017.
[11] Tanella Boni, Insoutenable Frontière, Paris, Bruno Doucey, 2022.
[12] Samy Manga et Caroline Despont, Opinion poétique, Paris, L’Harmattan, 2020.
[13] Louis-Philippe Dalembert, En marche sur la terre, Paris, Bruno Doucey, 2017.
[14] Anne Weber, Annette, une épopée, Paris, Seuil, 2020.
[15] Monchoachi, L’Espère-geste, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2002.
[16] Sylvie Kandé, Gestuaire, Paris, Gallimard, 2016 ; La Quête infinie de l’autre rive, Paris, Gallimard, coll. « Continents noirs », 2011.
[17] Christophe Manon, Porte du soleil, Lagrasse, Verdier, 2023.
[18] Jacques Darras, Épique !, op. cit., p. 129.
[19] Ibid., p. 157.
[20] Monchoachi, Lémistè, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2013 ; Partition noire et bleue, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2016 ; Fugue vs fug, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2021 ; Stretti : la confrontation, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2024.
[21] Oliver Rohe, Chant balnéaire, Paris, Allia, 2023, quatrième de couverture.
[22] Christophe Manon, « Tout le livre est la légende dorée d’une banale famille de ritals », entretien avec Johan Faerber, Diacritik, en ligne, 22 mars 2023, URL : https://diacritik.com/2023/03/22/christophe-manon-tout-le-livre-est-la-legende-doree-dune-banale-famille-de-ritals-porte-du-soleil/, consulté le 14 avril 2026.
[23] Samar Chaaban, Des montagnes sous la langue, Toulouse, Blast, 2025.
[24] Joëlle Sambi, Et vos corps seront caillasses, Montreuil, L’Arche, 2024.
[25] Jacques Darras, « Entretien de Marie Étienne avec Jacques Darras », En attendant Nadeau, 3 juillet 2018, URL : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2018/07/03/entretien-darras/, consulté le 15 avril 2026.
[26] Selim·a Atallah Chettaoui, Des odeurs de bretzels, de barbecue et de weed, Paris, 10 pages au carré, 2022.
[27] François Hébert, Toute l’œuvre incomplète, Montréal, L’Hexagone, 2010.
[28] Laura Vazquez, Le Livre du large et du long, Paris, Éditions du sous-sol, 2023.
[29] Amina Saïd, Gisements de lumière, Paris, La Différence, coll. « Clepsydre », 1998.
[30] Gabrielle Filteau-Chiba, La Forêt barbelée, Montréal, Éditions XYZ, 2022.
[31] Voir par exemple Natasha Kanapé Fontaine, Manifeste Assi, Montréal, Mémoire d’encrier, 2010.
[32] Tanelle Boni, « L’eau sans âge », Insoutenable frontière, op. cit., p. 123.
[33] Émilien Sermier, Une saison dans le roman. Explorations modernistes d’Apollinaire à Supervielle (1917-1930), Paris, José Corti, coll. « Les essais », 2022.
[34] Voir Marc Alexandre Oho Bambe, Carnet de vertiges. Anthologie à fleur d’encre, Paris, Points, coll. « Poésie », 2025 [2017].

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2-3 juin 2027
Sorbonne Université – Université Paris 8

Depuis une vingtaine d’années, les études concernant l’épopée et l’épique se sont multipliées, avec des publications, des colloques, souvent dans une démarche comparatiste, autour de cette question[1]. Elles accompagnent la création de projets et de réseaux de recherches importants, comme le « Projet Epopée », fondé en 2015 à l’Université Grenoble Alpes par Florence Goyet, ou les rencontres récentes du Réseau Euro-Africain de Recherches sur les Épopées (REARE). Florence Goyet parle d’une « véritable révolution critique[2] », dont un des premiers résultats a été de mettre au centre de l’attention l’épique moderne, soit des textes aux antipodes de ce que décrivaient les travaux sur Homère ou Virgile. Elle évoque ainsi une « approche par les marges[3] ». L’approche critique la plus répandue a en effet consisté à interroger les frontières floues du genre : il s’est agi, pour des spécialistes du XIXè et du XXè siècles, de se pencher sur la relation très ambiguë que ces siècles entretenaient avec l’épopée, entre nostalgie, refus véhément et tentative de recréation. En somme, l’épique relaie alors l’épopée, « il s’offre pour la relayer et, comme un génotype latent, nourrir des phénotypes (textes) variés, mutants, magnétisés par la démesure et l’immensité d’un épos qui trouve ainsi de multiples relais et des ‘‘seconds souffles’’[4] ».

Ce flou mérite que l’on s’y arrête et qu’on l’interroge. Il est certain que l’épopée n’est pas facile à prendre sous l’objectif. Mais peut-être faudrait-il retourner la perspective et se dire que ce qui est un danger, une difficulté, pour la recherche, est une chance pour l’écriture : nous entendons par là que ce continuum entre l’épique au sens le plus vague et l’épopée au sens strict, s’il empêche de définir l’épopée, permet en revanche d’en recycler en ensemble unitaire des éléments virtuellement contradictoires.

Un corpus reste à constituer. Les nouvelles épopées en vers libres d’Anne Weber, Antoine Wauters, et Laura Vazquez ; le Cycle des exils de Patrick Beurard-Valdoye (soit un ensemble de livres enchevêtrant les strates d’une histoire de l’Europe) ; Centre épique de Jean-Michel Espitallier ; Porte du soleil de Christophe Manon, paru chez Verdier ; les textes de Pierre Vinclair et Jacques Darras, ainsi que leurs travaux théoriques sur l’épique et le réinvestissement dans leur propre écriture de cette réflexion. Il faudrait aussi évoquer Jacques Darras – auteur de La Maye[5], poème fleuve composé de 1988 à 2016, et de l’essai aux allures de manifeste Épique ! Le poète dans le temps[6].

Dans le domaine des poésies francophones postcoloniales, on a volontiers décelé un horizon épique dans le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, Les Indes de Glissant ou dans certaines pièces des Éthiopiques de Senghor. On trouve aussi des échos nets de l’épique dans la poésie québécoise de la deuxième moitié du xxe siècle, que l’on pense à la cartographie lyrique du pays dans L’Homme rapaillé de Gaston Miron[7] ou au souvenir de la guerre qui hante Mémoirede Jacques Brault[8] ou à la dénonciation de l’impérialisme anglais dans le poème Speak white de Michèle Lalonde[9]. Cette catégorie semble moins mobilisée pour des corpus plus récents, tandis que la geste anticoloniale a fait place à la désillusion ou au soupçon, qui s’actualisent plutôt dans le lyrisme ou la satire. Pourtant les textes contemporains, en se confrontant aux questions de la migration (Ananda Devi, Ceux du large[10] ; Tanella Boni, Insoutenable frontière[11]) ou de l’écologie (Samy Manga et Caroline Despont, Opinion poétique[12] ; Louis-Philippe Dalembert, En marche sur la terre[13]) réactivent une dimension épique, notamment dans sa veine odyséenne.

Le flou précédemment évoqué n’est donc pas seulement un problème théorique : il constitue véritablement une chance pour l’écriture contemporaine, qui peut puiser dans l’épopée des éléments hétérogènes — ampleur, tension collective, rapport à l’histoire, voix de récitation, motifs de voyage ou de catabase — sans reconduire ses normes anciennes.

 

Parmi les premiers traits définitoires des textes composant le corpus d’études, un premier point à souligner est que nous avons une qualification générique qui n’est pas seulement affaire de réception. Il y a, chez plusieurs auteurs contemporains une intention explicite d’inscription dans la lignée de la poésie épique. Elle peut apparaître dans des titres ou des sous-titres comme chez Anne Weber[14], Monchoachi[15] ou Sylvie Kandé[16]. Parfois, un discours d’escorte est amené à faire le lien comme chez Christophe Manon[17].

Tous ces textes vont bien sûr se caractériser par la reprise, l’actualisation, voire le détournement d’un certain nombre d’éléments précis du code de l’épopée (comme l’ampleur du style ; l’oralité, via la présence d’un récitant) ; ils vont également se caractériser par leur relecture de certains thèmes et motifs classiques de l’épopée (ainsi le bellicisme, ou le motif de la descente aux enfers…). Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Un point qui nous semble autrement plus important, c’est que ces œuvres, en recommençant l’épopée de manière souvent plus modeste et plus humble, nous conduisent, à partir de cette ambition épique renouvelée, à repenser les relations entre poésie et histoire.

Ces textes peuvent en effet permettre de réfléchir à la façon propre à la poésie de dire l’histoire, les événements collectifs ; à la façon, notamment, dont la poésie peut exprimer les traumatismes de l’histoire. Dans son essai Épique ! Le poète face au temps, à partir d’une méditation sur la première guerre mondiale et l’impossibilité de « regonfler le genre épique au lendemain de cette saignée[18] », Jacques Darras explique son désir de composer une épopée qui, tout en abandonnant la fascination pour la guerre, garderait l’ambition totalisante du genre, au service de la paix européenne : « Éparpillé jusqu’à l’éclat, le sujet européen ne peut se satisfaire quant à lui ni des anciennes idéologies nationales, ni d’aucune forme de totalitarisme sommaire.  Comment faire un tout sans hypothéquer les parties serait notre manière à nous de poser le problème. C’est un problème politique, assurément, mais tout autant un problème poétique[19]. »

Le cycle des livres de Monchoachi sous-titrés « Lémistè »[20], cycle qui se déploie depuis plus d’une dizaine d’années, revient quant à lui sur le peuplement de la Caraïbe et des Amériques en interrogeant la naissance de la culture et de la langue créole, dans sa diversité. Les odyssées collectives entrent en écho avec les entremêlements des pratiques culturelles et linguistiques, dont le texte rend compte dans une langue privilégiant les effets de rupture et les glissements d’une langue à l’autre, notamment du français au créole (et inversement).

En revenant sur le passé, ces textes entendent donc aussi interroger voire servir le présent ; ils s’inscrivent tout à fait, de ce point de vue-là, dans la tradition de l’épopée – puisque comme le rappelle Florence Goyet, à travers un récit du passé, il s’agit toujours, pour l’épopée, de réinterpréter le présent, de l’éclairer. Même quand les poètes se tournent vers le passé – que ce soit la période de la seconde guerre mondiale ou celles, plus lointaines, des conquêtes coloniales– nous avons bien un travail au présent, pour le présent, et aussi avec des outils formels du présent. En effet, ces textes dialoguent avec le genre de l’épopée tout en entendant inventer des formes artistiques nouvelles pour rendre compte du témoignage des anciens et des traces du passé : le narré chez Patrick Beurard-Valdoye, la réminiscence du récit de voyage chez Sylvie Kandé, les élégies documentaires chez Muriel Pic ; la langue hybride de Monchoachi… Songeons aussi au travail formel de Christophe Manon pour que le flux narratif de l’épopée trouve à s’allier avec la stase définitoire du poème moderne, ou encore à celui d’Oliver Rohe, pour parvenir à écrire, avec Chant balnéaire, « une épopée de la vie ordinaire, de la vie ordinaire en temps de guerre[21] ».

Ces œuvres nous renvoient par ailleurs à la question de la distance ou de l’adhésion au présent que pose la récupération de l’épopée par la poésie moderne. Porte du soleil de Christophe Manon trace un double pèlerinage filial et épique, en se plaçant d’emblée sous le patronage littéraire de Virgile et de Dante, mais il n’en est pas moins un livre aux prises avec son époque, avec la politique de son époque. Dans un entretien pour Diacritik, Manon a recours au terme de « chronique[22] » pour justifier cette inscription des représentants du pouvoir politique au sein de son récit. Or associé à un désir d’épopée clairement assumée et revendiquée, le mot « chronique » vient ancrer le genre dans une actualité brûlante au lieu de le renvoyer à la distance de l’histoire. On trouve également des échos de l’actualité internationale chez Samar Chaaban, avec l’évocation du conflit israélo-palestinien[23], ou chez Joëlle Sambi, avec la logique extractiviste à l’œuvre en Afrique centrale[24].

Autre point récurrent dans plusieurs de ces « nouvelles épopées » : la façon dont elles se font épopée d’un moi pluriel, exploration d’une histoire personnelle élargie, qui inclut l’histoire d’une région, d’une nation, d’un espace… Avec le long poème narratif La Maye, Jacques Darras passe contrat avec un lieu géographique précis, et sinueux, soit le fleuve qui donne son titre au poème, fleuve cheminant dans ce territoire du Nord qui fut ouvert à toutes les invasions militaires ; et il retisse, à partir de son cours, les liens entre mémoire individuelle et mémoire commune [25]. Apparaît ainsi un nouveau mode d’épopée où l’autobiographique, le narratif et le rythmique se croisent et dialoguent dans la conscience plus ou moins intense du temps et de l’espace. Dans ce type de démarche, l’inscription du « moi » dans un collectif plus large peut prendre des allures de parodie épique, comme dans Des odeurs de bretzels, de barbecue et de weed de Selim·a Atallah Chettaoui[26] ou dans les cent chants poétiques de Toute l’œuvre incomplète de François Hébert, inspirée de Dante, qui se déroule entre Paris et Montréal[27].

L’épopée pourrait sembler incompatible avec le prosaïsme du monde moderne. Or force est de constater que l’acte d’inscription dans la tradition épique peut être mis au service de la représentation d’un univers contemporain marqué par ce « prosaïsme de la modernité », avec des épopées résolument au et du présent, embrassant sans réserve leur époque et leur espace. Avec son Livre du large et du long, Laura Vazquez raconte le voyage d’une voix et d’un corps pluriel dans le magma du monde qui les entoure, des choses les plus intérieures (sensations) aux plus larges (guerre, populations humaines)[28]. Cette tentation de déborder le lyrisme par une dimension cosmogonique qui inscrit un prolongement épique au projet poétique peut se lire dans certains recueils d’Amina Saïd, comme Gisements de lumière[29], qui fait coïncider l’émergence du sujet lyrique avec une représentation de la naissance du monde. Songeons également à l’initiation à la vie en milieu naturel à laquelle nous invite Gabrielle Filteau-Chiba dans La Forêt barbelée[30]. Cette dimension cosmogonique où le sujet lyrique se situe par rapport à un collectif est également très présente dans la poésie contemporaine autochtone au Québec, comme chez Natasha Kanapé Fontaine[31].

D’ailleurs, on pourrait s’essayer à une sorte de classification des tentations épiques contemporaines, avec des tentations plutôt homériques, des tentations plutôt bibliques, le modèle Whitman, aussi, qui imprègne l’œuvre de Pierre Vinclair, proche d’une certaine prosodie visuelle américaine.

On pourra donc se demander quelles épopées les poètes du XXIème siècle tendent à écrire. Une épopée des petits, avec le choix de se tourner vers des vies plus « minuscules » ? L’épopée d’un corps, d’une voix, le « je », confronté à la violence du monde, étant, chez Laura Vazquez, Selim·a Atallah Chettaoui ou Oliver Rohe, comme un centre atomique, atomisé dans ses sensations ? Des épopées mettant l’ambition totalisante du genre au service de la paix européenne ou mondiale ? Bien sûr, se demander quelle épopée ces poètes veulent écrire, quel récit collectif ils et elles tendent à construire, c’est réfléchir aux valeurs qu’ils et elles veulent proposer à la société et, partant, nécessairement interroger la place et le rôle de la poésie dans la cité. Tanella Boni s’interroge ainsi : « Explorons les accidents de la grande histoire / Afin d’apercevoir notre place incongrue[32] ». Cette place et ce rôle pourront aussi être étudiés en se penchant sur ces performances qui tendent à rendre le texte épique à son statut originel de co-construction entre public et récitant, le public physiquement présent influant par ses réactions sur la récitation et la composition.

 

Il sera également intéressant de réfléchir à la tension ou à la porosité avec le récit, et d’inscrire cette réamplification du format du poème dans l’histoire de la poésie. Il y a eu, chez plusieurs écrivains modernistes, un « renouvellement du poème qui s’est effectué par un ressourcement narratif et épique », ainsi que le montre bien Emilien Sermier dans son ouvrage Une saison dans le roman[33]. On peut trouver ce type d’ambivalence générique chez Laura Vazquez, Antoine Wauters, Dany Laferrière ou Jacques Darras.

Ailleurs, au contraire, l’épopée peut apparaître en filigrane dans des pièces plus brèves, à l’état de question, de prolongement possible ou d’horizon du texte, notamment quand les créateurs ou créatrices pratiquent aussi des performances qui donnent à leurs phrases l’ampleur et le rapport au collectif de certaines pratiques traditionnelles épiques. On pense ici, entre autres, à la poésie slam de Marc Alexandre Oho Bambe[34] ou de Joëlle Sambi.

Enfin, plusieurs de ces nouvelles épopées du XXIème siècle brouillent les frontières entre fiction et non fiction, montrant que la poésie est traversée par les mêmes tensions que la production contemporaine dans son ensemble. Il y a une tension, chez certains auteurs, entre des textes procédant à partir de sources documentaires et des récits fictionnels ; leurs écrits permettent alors aussi de réfléchir à la ligne de partage entre invention et documentation. On pourrait trouver des exemples chez Anne Weber, Patrick Beurard-Valdoye et bien d’autres.

Il nous semble donc qu’il faut prendre au sérieux l’aspiration de plusieurs poètes du XXIème siècle à établir un dialogue avec la tradition épique, à se l’approprier, la réélaborer, dans leur propre perspective.

Le colloque aura lieu à Paris les 2-3 juin 2027. Les propositions de communications (titre, résumé d’environ 300 mots et brève notice bio-bibliographique) sont à adresser avant le 28 septembre 2026 à Pauline Flepp (pauline.flepp@gmail.com) et à Florian Alix (florian.alix.13@gmail.com).

Comité scientifique :
·      Benoît Auclerc (Université Lyon 3)
·      Olivier Belin (Sorbonne Université)
·      Maxime Del Fiol (Université Montpellier Paul Valéry)
·      Laure Michel (Université Lyon 2 Lumière)
·      Delphine Rumeau (Université Grenoble Alpes)
·      Nathalie Watteyne (Université de Sherbrooke)

[1] Saulo Neiva, Désirs et débris d’épopée au XXe siècle, Bern, Peter Lang, 2009 ; Delphine Rumeau, Chants du Nouveau Monde. Épopée et modernité, Paris, Classiques Garnier, 2009 ; Cédric Chauvin, Référence épique et modernité, Paris, Honoré Champion, 2012 ; Vincent Dussol, Elle s’étend l’épopée. Relecture et ouverture du corpus épique, Bruxelles / New York, Peter Lang, 2012 ; Inès Cazalas et Delphine Rumeau (dir.), Épopées postcoloniales, poétiques transatlantiques, Paris, Classiques Garnier, 2020 ;
[2] Florence Goyet, “L’Épopée (première partie)”, Bibliothèque comparatiste, n. 5, 2009, URL : https://sflgc.org/bibliotheque/goyet-florence-lepopee-premiere-partie/, page consultée le 15 avril 2026.
[3] Ibid.
[4] Daniel Madelénat, « Présence paradoxale de l’épopée : hors d’âge et sur le retour », Désirs & débris d’épopée au XXe siècle, op. cit., p. 383.
[5] Jacques Darras, La Maye, Pantin, Le Castor Astral / In’hui, 2016.
[6] Jacques Darras, Épique !, op. cit., p. 185.
[7] Gaston Miron, L’Homme rapaillé, Montréal, Typo, 1996 [1970].
[8] Jacques Brault, Mémoire [1965], dans Œuvres, ed. François Dumont, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2023.
[9]  Michèle Lalonde, Speak white [1968], Montréal, L’Hexagone, 1974.
[10] Ananda Devi, Ceux du large, Paris, Bruno Doucey, 2017.
[11] Tanella Boni, Insoutenable Frontière, Paris, Bruno Doucey, 2022.
[12] Samy Manga et Caroline Despont, Opinion poétique, Paris, L’Harmattan, 2020.
[13] Louis-Philippe Dalembert, En marche sur la terre, Paris, Bruno Doucey, 2017.
[14] Anne Weber, Annette, une épopée, Paris, Seuil, 2020.
[15] Monchoachi, L’Espère-geste, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2002.
[16] Sylvie Kandé, Gestuaire, Paris, Gallimard, 2016 ; La Quête infinie de l’autre rive, Paris, Gallimard, coll. « Continents noirs », 2011.
[17] Christophe Manon, Porte du soleil, Lagrasse, Verdier, 2023.
[18] Jacques Darras, Épique !, op. cit., p. 129.
[19] Ibid., p. 157.
[20] Monchoachi, Lémistè, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2013 ; Partition noire et bleue, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2016 ; Fugue vs fug, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2021 ; Stretti : la confrontation, Bussy-le-Repos, Obsidiane, 2024.
[21] Oliver Rohe, Chant balnéaire, Paris, Allia, 2023, quatrième de couverture.
[22] Christophe Manon, « Tout le livre est la légende dorée d’une banale famille de ritals », entretien avec Johan Faerber, Diacritik, en ligne, 22 mars 2023, URL : https://diacritik.com/2023/03/22/christophe-manon-tout-le-livre-est-la-legende-doree-dune-banale-famille-de-ritals-porte-du-soleil/, consulté le 14 avril 2026.
[23] Samar Chaaban, Des montagnes sous la langue, Toulouse, Blast, 2025.
[24] Joëlle Sambi, Et vos corps seront caillasses, Montreuil, L’Arche, 2024.
[25] Jacques Darras, « Entretien de Marie Étienne avec Jacques Darras », En attendant Nadeau, 3 juillet 2018, URL : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2018/07/03/entretien-darras/, consulté le 15 avril 2026.
[26] Selim·a Atallah Chettaoui, Des odeurs de bretzels, de barbecue et de weed, Paris, 10 pages au carré, 2022.
[27] François Hébert, Toute l’œuvre incomplète, Montréal, L’Hexagone, 2010.
[28] Laura Vazquez, Le Livre du large et du long, Paris, Éditions du sous-sol, 2023.
[29] Amina Saïd, Gisements de lumière, Paris, La Différence, coll. « Clepsydre », 1998.
[30] Gabrielle Filteau-Chiba, La Forêt barbelée, Montréal, Éditions XYZ, 2022.
[31] Voir par exemple Natasha Kanapé Fontaine, Manifeste Assi, Montréal, Mémoire d’encrier, 2010.
[32] Tanelle Boni, « L’eau sans âge », Insoutenable frontière, op. cit., p. 123.
[33] Émilien Sermier, Une saison dans le roman. Explorations modernistes d’Apollinaire à Supervielle (1917-1930), Paris, José Corti, coll. « Les essais », 2022.
[34] Voir Marc Alexandre Oho Bambe, Carnet de vertiges. Anthologie à fleur d’encre, Paris, Points, coll. « Poésie », 2025 [2017].

COLLOQUE – UCAD DAKAR

Oralités africaines au XXIe siècle : transmission, mutations et souveraineté épistémologique

UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR
FACULTÉ DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
Colloque international
Dakar, 25-26-27 mai 2027

Langue du colloque :  français.
Format des propositions :  400 à 600 mots, accompagnées d’une courte notice biographique (150 mots maximum),
à soumettre à l’adresse électronique du comité scientifique :
oraf21@ucad.edu.sn
au plus tard le samedi 31 octobre 2026.

Coordination du colloque
Pr Cheick Sakho cheick.sakho@ucad.edu.sn / sakhosi2002@yahoo.fr

COLLOQUE – TOURS 18-19 JUIN 2026
Malheurs du corps épique – figuration, symbolisation
Antiquité, Moyen âge, Renaissance

18-19 JUIN

Conférence de Pauline LAFILLE

L’ombre d’une menace ? Accidents, affaiblissements et excès du corps épique dans la peinture

de la Renaissance

18 juin à 18h
Musée des Beaux Arts d’Orléans

Colloque

Malheurs du corps épique – figuration, symbolisation Antiquité, Moyen âge, Renaissance

2026

ORLÉANS

Centre International Universitaire pour la Recherche – Hôtel Dupanloup 1 rue Dupanloup, Orléans

Contacts :

pierre-alain.caltot@univ-orleans.fr philippe.haugeard@univ-orleans.fr nicolas.lombart@univ-orleans.fr

Illustration : « Achille traînant le cadavre d’Hector », John Flaxman (1895) – Mise en page : A. Vioux / MSH Val de Loire

Jeudi 18 juin 2026
Centre International Universitaire pour la Recherche – Hôtel Dupanloup

10h30 : Accueil des participants

10h45 : Ouverture du colloque par Gabriele Vickermann-Ribémont (université d’Orléans), directrice du laboratoire POLEN

‐ Session 1 ‐ S’attaquer au corps, interroger le genre : (ré)inventer l’épopée ?

11h : Anne MORVAN (université de Nantes), Priam « se roulant dans le fumier » (κυλινδόμενος κατὰ κόπρον):un corps entre la mort et la vie dans un micro-motif de la fin de l’Iliade

11h30 : Hélène VIAL (université de Clermont-Auvergne), Poétique du corps mis à mal et réinvention de l’épopée : les Métamorphoses d’Ovide ou la fabrique d’un corps épique impossible.

12h : Anne SINHA (Sorbonne Paris Nord) : La mort d’Absyté au livre II des Punica de Silius Italicus: un épisode paradigmatique des corps épiques souffrants

12h30-13h : Questions
13h : Déjeuner

– Session 2- Poétique de l’horreur épique : anatomie du corpus dolens

14h30 : Grâce PORTERIE (université de Toulouse Jean Jaurès) : Les viscères au service d’une «poétique de l’horreur» dans l’épopée latine tardive : entre tradition et innovation

15h : Jean-Marie FRITZ (université Bourgogne Europe) : De la fureur au châtiment : éborgner et aveugler dans l’écriture épique (chansons de geste, épopées médio-latines, matière antique…)

15h30 : Bruno MENIEL (université de Nantes) : L’imaginaire du sang dans le poème épique, en France, au temps des troubles de religion

16h-16h30 : Questions

Auditorium du Musée des Beaux Arts d’Orléans

18h : Conférence de Pauline LAFILLE (université de Limoges) L’ombre d’une menace ? Accidents, affaiblissements et excès du corps épique dans la peinture de la Renaissance

Vendredi 19 juin 2026
Centre International Universitaire pour la Recherche – Hôtel Dupanloup

– Session 3 –
Corps héroïque
et corps politique dégradés

9h : Régine UTARD (Sorbonne Université) : Les malheurs du corps épique dans la Pharsale de Lucain : souffrances, défigurations et contre- modèles héroïques

9h30 : Benoît CANTET-GUEGUEN (UMR 8167 Orient Méditerranée) : Du corps héroïque au corps pathétique. Les aristocrates byzantins au tombeau, écho de la situation de l’Empire (Xe-XIVe siècle)

10h : Pause café
10h30 : Bernard RIBEMONT (université d’Orléans) :

Portrait fracturé : le héros face à la laideur

11h : Rebecca LEGRAND (université de Lille) : Corps meurtris, âmes en guerre : les malheurs du corps épique dans La Franciade et les Tragiques

11h30-12h : Questions
12h : Déjeuner

– Session 4 –
Corps outragés : sacralisation et désacralisation

13h30 : Judith ROHMAN (université de Rennes 2) : Blesser les corps sacrés (uiolare uulnere corpus) : la blessure d’Aphrodite et ses avatars dans l’épopée latine

14h : Florence TANNIOU (université Paris Nanterre) : Corps épique et corps brûlé : la mort d’Hercule au Moyen Âge

14h30 : Florian SCHAFFENRATH (Universität Innsbruck) : Le corps du saint : le martyre et la séparation du corps dans les épopées néo-latines sur les saints

15h-15h30 : Questions
15h30 : Fin des travaux

Lieux du colloque

Centre International pour la Recherche Hôtel Dupanloup
1 rue Dupanloup – 45000 Orléans

Musée des Beaux Arts d’Orléans Place Sainte Croix – 45000 Orléans

Organisation

Pierre-Alain Caltot – pierre-alain.caltot@univ-orleans.fr Philippe Haugeard – philippe.haugeard@univ-orleans.fr Nicolas Lombart – nicolas.lombart@univ-orleans.fr

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APPEL À CONTRIBUTIONS – PROJET ÉPOPÉE NUMÉRO 13
Épopée et registre épique dans la littérature ukrainienne (Revue Projet Épopée)

Épopée et registre épique dans la littérature ukrainienne

 

sous la direction de Galyna Dranenko et ALla Shvets

Le numéro 2027 de Projet Épopée sera consacré à l’étude de l’épopée et du registre épique dans la littérature ukrainienne.

Il s’agira d’interroger, dans une perspective comparatiste, la manière dont les œuvres ukrainiennes – anciennes ou contemporaines – reproduisent et transforment, construisent et déconstruisent, pensent et détournent les formes épiques traditionnelles.

Les propositions pourront porter, entre autres, sur :

– les épopées ukrainiennes anciennes et leurs différentes interprétations ;
– la figure du héros de l’épopée en Ukraine et son évolution dans le temps ;
– les réécritures, détournements ou réappropriations modernes et contemporaines de l’épopée en Ukraine ;
– les manifestations du registre épique dans la poésie, le roman, le théâtre ou les récits documentaires ukrainiens ;
– l’épopée en contexte de guerre, de résistance ou de défense identitaire des Ukrainiens ;
– les liens entre épopée, témoignage, mémoire et imaginaire national en Ukraine ;
– les dynamiques de traduction, circulation et réception des textes épiques ukrainiens.

Responsables du numéro 

Galyna DRANENKO, Eur’ORBEM, Sorbonne Université ; Département de philologie française et de traduction, Université nationale de Tchernivtsi (Ukraine)

Alla SHVETS, Institut de Littérature Taras Chevtchenko, Académie nationale des sciences de l’Ukraine, Kyïv ; Université Polytechnique nationale de Lviv (Ukraine)

Modalités de soumission

Les propositions d’articles en français doivent être envoyées avant le 31 mars 2026, et inclure :

– le titre de l’article ;
– un résumé (entre 3 000 et 5 000 signes, espaces compris) ;
– une courte biobibliographie de l’auteur·rice.

—

Les propositions sont à adresser aux adresses : galynadranenko@yahoo.fr et alla_shvec@ukr.net

Calendrier

31 mars 2026 : date limite d’envoi des propositions
31 mai 2026 : notification d’acceptation
15 décembre 2026 : remise des articles rédigés
2027 : publication du numéro

 

COLLOQUE UNIVERSITÄT ZÜRICH

Appel à communications, Bayreuth 2026

Colloque international pluridisciplinaire du CEM de Picardie

Bayreuth Café Wahnfried

8 au 12 octobre 2026

Du surnaturel au naturel : l’effacement du merveilleux dans la littérature, la musique, les beaux-arts du Moyen Âge à nos jours / Vom Übernatürlichen zum Natürlichen: Das Entschwinden des Wunderbaren in Literatur, Musik und bildender Kunst vom Mittelalter bis heute

Organisateurs : Danielle Buschinger – Florent Gabaude

Argumentaire

On considère communément qu’avec la Première modernité et surtout l’époque des Lumières, le triomphe de la raison et l’autonomisation de la science par rapport à la théologie consacrent l’affranchissement du monde enchanté du roman médiéval et la séparation du naturel et du surnaturel, dont le grand roman réaliste du XIXe siècle, « épopée d’un monde sans dieux » (G. Lukács), sera l’aboutissement. Néanmoins, le recul du merveilleux dans les productions littéraires et artistiques ne date pas de l’époque moderne. Si le Moyen Âge a christianisé le merveilleux païen, il l’a aussi mis à distance comme mythe, fable ou allégorie ou bien l’a déconstruit en le ramenant à la réalité naturelle perceptible et intelligible. Nombreux sont les lieux de passage du mythe à la réalité déjà dans la littérature médiévale, dans laquelle ce passage s’entend le plus souvent moins en termes de rupture que de reconfiguration de l’univers merveilleux.

Dans l’univers médiéval

La littérature médiévale connaît trois modes de surgissement du surnaturel : les interventions divines bienveillantes (miraculosus), les interventions maléfiques de Satan (diabolicus) et les « merveilles » païennes (mirabilis) qui suscitent l’émerveillement et invitent à une interprétation symbolique. Dans les romans arthuriens, ce merveilleux mêle légendes celtiques, folklore et création poétique, offrant un imaginaire varié.

Dans le Perceval de Chrétien de Troyes, le château du Graal, situé au-delà d’un fleuve infranchissable, appartient à l’« Autre Monde » de la mythologie celtique, un espace merveilleux et surnaturel, accessible uniquement à ceux qui y sont prédestinés. La cour d’Arthur, bien que légendaire, représente un monde accessible, contrairement au château du Graal, réservé aux élus. Chez Wolfram von Eschenbach, le château perd partiellement son caractère surnaturel : Parzival arrive près d’un lac (et non d’un fleuve), où un pêcheur richement vêtu l’oriente vers une unique demeure à proximité. Le château conserve une dimension mystérieuse, mais est ancré dans une réalité chevaleresque et courtoise, avec des détails concrets et historiques : la cour du château, bien entretenue et sans trace de combats, évoque la tristesse et le mystère, en référence à l’histoire contemporaine des comtes d’Abenberg.

Le roman Eracle de Gautier d’Arras illustre les tensions entre mythe, histoire et idéologie dans la littérature médiévale. Il oscille entre légende religieuse et réalisme courtois, sans parvenir à une synthèse profonde, contrairement à Chrétien de Troyes qui structure son récit autour d’une « conjointure » narrative. Alors que Marie de France, dans ses lais, conserve des éléments merveilleux (comme la belette ressuscitant la jeune fille dans Eliduc), Gautier d’Arras les efface au profit d’une vraisemblance morale et politique.

Le merveilleux médiéval fait également l’objet de réécritures parodiques. Isabelle Arseneau montre que les romans de Jean Renart, Renaut et Gerbert de Montreuil, souvent qualifiés de « réalistes » ou « idylliques », ne rejettent pas le merveilleux, mais le réinventent par la parodie. Les motifs merveilleux (fées, objets magiques, lieux enchantés) sont réemployés de façon ironique. Dans Guillaume de Dole par exemple, la scène de l’arrivée de Lïenor à la cour reprend des éléments du Chevalier au lion de Chrétien de Troyes, mais en les désacralisant. Les figures historiques ou réalistes (comme les héroïnes) conservent des traces de modèles merveilleux (fées, sorcières), mais ces références sont subverties. Les objets magiques (fleurs, philtres, anneaux) perdent leur pouvoir ou deviennent des accessoires décoratifs, comme la coupe d’or dans L’Escoufle qui rappelle les objets magiques des romans arthuriens, mais dont le rôle est minoré. Les espaces (forêts, châteaux) ne sont plus des lieux mystérieux, mais des décors réalistes ou des clins d’œil intertextuels. Une nouvelle génération d’auteurs joue avec les codes du merveilleux pour créer un roman critique et ludique. Ces œuvres préfigurent une redéfinition du genre romanesque, entre héritage arthurien et innovation narrative.

A l’époque moderne

Pour les poètes chrétiens, le surnaturel est le signe d’une présence divine et conserve toute sa puissance prosélyte. Dans les poèmes héroïques du XVIIe siècle, l’épopée ou la tragédie, de John Milton et Desmarets de Saint-Sorlin à Paul Claudel ou Gerhart Hauptmann, le merveilleux chrétien ne se départ pas de la vérité et de la vraisemblance, renvoyant le merveilleux païen à la superstition et à la magie.

Avec l’avènement de la raison au Grand Siècle, on craint la confusion entre le surnaturel et l’artifice théâtral. Le merveilleux mythologique se réfugie alors dans l’allégorie ou la fable. À l’ère du désenchantement, il devient difficile de lui accorder une place crédible. Les comedias de Calderón (La Dame duende, El gálan fantasma) ou la tragi-comédie de Philippe Quinault (Le Fantôme amoureux) mettent en scène de faux revenants, une supercherie à laquelle seuls les naïfs ou les incultes peuvent se laisser prendre. Tandis que Spinoza déniaise un correspondant zélé persuadé de l’existence des spectres, Hobbes pourfend les doctrines catholiques de l’apparition nocturne des âmes et les pieux récits de miracles. Si les luthériens ne reconnaissent que les miracles des premiers temps du christianisme, ils n’en accréditent pas moins le diabolicus, l’action directe de Satan dans le monde temporel dont il est le Prince. Dans les fictions en langue allemande du XVIe siècle, le diable est un partenaire ambigu, tantôt terrifiant comme dans les drames de Heinrich Julius von Braunschweig, tantôt grotesque. Cette dualité reflète les bouleversements culturels et religieux de l’époque, entre crainte du surnaturel et désacralisation par le rire. Le dramaturge Andreas Gryphius porte sur la scène des théâtres silésiens du XVIIe siècle des ombres de défunts qui relèvent tantôt d’une vision onirique ou hallucinatoire, tantôt d’une réalité tangible effrayante.      

Dans le monde contemporain

Dans le théâtre lyrique contemporain, on observe depuis environ trente ans la scène comme lieu de passage du médiéval à la modernité. L’opéra bouffe en deux actes La Cenerentola, composé par Gioachino Rossini sur un livret de Jacopo Ferreti et créé le 28 janvier 1817 au Teatro Valle de Rome, est inspiré du conte Cendrillon de Charles Perrault et surtout de l’opéra-féerie Cendrillon de Nicolas Isouard. Le livret de Ferreti supprime tous les éléments surnaturels du conte : on n’y rencontre plus ni de fée, ni de citrouille transformée en carrosse, ni de souris en chevaux, ni de rat en cocher. La pantoufle de vair est remplacée par un bracelet. La belle-mère cruelle devient Don Magnifico, père des demi-sœurs Clorinda et Tisbé. Ce passage du mythe à la réalité est remarquable : c’est le librettiste qui opère cette transformation, alors que dans les mises en scène contemporaines, c’est le metteur en scène qui réinterprète l’œuvre.

Depuis les années 1960, les metteurs en scène pratiquent le Regietheater (théâtre de mise en scène) : Ils ignorent les indications scéniques originales du compositeur et proposent une interprétation personnelle et idéologique, souvent liée aux préoccupations du public contemporain. La Cenerentola marque un tournant en démythifiant le conte de Cendrillon, transformant le merveilleux en une intrigue réaliste et sociale. Cette approche préfigure les pratiques modernes de mise en scène, où le metteur en scène impose sa vision.

Conclusion

Ces quelques exemples de la culture européenne visent à susciter l’envie des chercheuses et chercheurs de présenter dans le cadre de ce colloque une étude ou une réflexion théorique sans restriction de discipline, d’époque, d’aire culturelle ni de genre artistique.  

Bibliographie

Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du graal. Traduction inédite et présentation de Jean Dufournet, Paris, 1997.

Wolfram von Eschenbach, Parzival. Traduit D. Buschinger et J.M. Pastré. Paris, Champion, 2010.

Jacques Le Goff, L’imaginaire médiéval : essais, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1991.

Isabelle Arseneau, Parodie et merveilleux dans le roman dit réaliste au XIIIe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Recherches littéraires médiévales », 2012.

Christine Ferlampin-Acher, Merveilles et topique merveilleuse dans les romans médiévaux, Paris, Honoré Champion, coll. « Nouvelle Bibliothèque du Moyen Age », 2003.

Friedrich Wolfzettel (dir.), Das Wunderbare in der arthurischen Literatur. Probleme und Perspektiven, Tübingen, 2003.

Jutta Eming, Visualisierung des Wunderbaren, Wiesbaden, Harrassowitz, 2025.

Date limite de remise des propositions de communications : 30 janvier 2026 par courrier électronique à : dbuschinger@gmail.com Langues des communications : allemand, anglais, espagnol, portugais, français et italien.   Droits d’inscription pour les Actes et la location de la salle : 85 € Réf. bancaires : CEM de Picardie Société Générale Amiens – Banque : 30003 – Guichet : 00070 N° Compte : 00037267149 – Clé RIB : 40 BIC : SOGEFRPP – IBAN : FR76 3000 3000 7000 0372 6714 940  un montant de 85 € en date du ……../…………/……..

Possibilité d’hébergement à tarifs préférentiels à l’hôtel « Zum edlen Hirschen », Richard-Wagner-Straße 75, 95444 Bayreuth.

Zusammenfassung des Inhalts des Calls for Papers

Die Frühmoderne und die Aufklärung markieren den Triumph der Vernunft und die Loslösung der Wissenschaft von der Theologie. Dies führte zur Trennung von Natürlichem und Übernatürlichem, ein Prozess, der im realistischen Roman des 19. Jahrhunderts seinen Höhepunkt findet. Allerdings setzt der Rückgang des Wunderbaren in Literatur und Kunst bereits früher ein, nämlich im Mittelalter selbst.

Im Mittelalter wurde das heidnische Wunderbare christianisiert, aber gleichzeitig als Mythos, Fabel oder Allegorie distanziert oder in die wahrnehmbare Natur zurückgeführt. Dieser Übergang wird weniger als Bruch, sondern eher als Neukonfiguration des Wunderbaren verstanden. Die mittelalterliche Literatur kennt drei Kategorien des Übernatürlichen: miraculosus (göttliche Wunder), diabolicus (dämonische Einflüsse) und mirabilis (heidnische „Wunder“, die Staunen und symbolische Deutung hervorrufen).

In der Artusliteratur zeigen sich diese Kategorien deutlich. Chrétien de Troyes’ Perceval stellt die Gralsburg als Ander-Welt der keltischen Mythologie dar, ein Ort, der nur Auserwählten zugänglich ist. Wolfram von Eschenbachs Parzival hingegen bettet die Gralsburg in eine rituelle, höfische Realität ein, wodurch sie teilweise ihren übernatürlichen Charakter verliert. Gautier d’Arras’ Eracle schwankt zwischen religiöser Legende und höfischem Realismus, ohne eine echte Synthese zu erreichen. Marie de France bewahrt in ihren Lais noch magische Elemente, wie das wiederbelebende Wiesel in Eliduc. Parodistische Umdeutungen des Wunderbaren finden sich bei Autoren wie Jean Renart oder Gerbert de Montreuil, die magische Objekte und Figuren wie Feen humorvoll oder kritisch brechen und damit das Wunderbare entsakralisieren.

In der Frühen Neuzeit behalten christliche Dichter wie Milton und Desmarets de Saint-Sorlin das übernatürliche Element als Zeichen göttlicher Präsenz bei, während das heidnische Wunderbare als Aberglaube abgewertet wird. Rationalisten und Skeptiker wie Spinoza und Hobbes lehnen Geistererscheinungen ab. Im Theater werden übernatürliche Phänomene als Täuschungen entlarvt, die nur Naive glauben. Die Ambivalenz des Teufelsmotivs zeigt sich in der deutschen Literatur des 16. Jahrhunderts, wo der Teufel mal dämonisch, mal grotesk dargestellt wird. Andreas Gryphius’ Theater zeigt Geistererscheinungen, die zwischen traumhafter Vision und realer Bedrohung oszillieren, was die Unsicherheit der Epoche zwischen Glauben und Entzauberung widerspiegelt.

In der Moderne und Gegenwart wird die Entmythologisierung besonders in der Oper sichtbar. Rossinis La Cenerentola (1817) streicht alle magischen Elemente und ersetzt sie durch realistische Sozialkritik. Das Regietheater seit den 1960er-Jahren deutet klassische Stoffe ideologisch um, wobei die Deutungshohheit vom Autor zur Inszenierung übergeht.

Einreichungsfrist für Vortragsvorschläge ist der 30. Januar 2026 Anmeldung per E-Mail an: dbuschinger@gmail.com Vortragssprachen: Deutsch, Englisch, Spanisch, Portugiesisch, Französisch und Italienisch.    Den Betrag von 85€ überweise ich auf das Konto des CEM de Picardie Société Générale Amiens – Banque : 30003 – Guichet : 00070 N° Compte : 00037267149 – Clé RIB : 40 BIC : SOGEFRPP – IBAN : FR76 3000 3000 7000 0372 6714 940

Épopées méditerranéennes, de la prise de Constantinople à la campagne d’Égypte/Epics of the Mediterranean, from the fall of Constantinople to Napoleon’s campaign in Egypt

Dimitri GarncarzykLaisser un commentaire

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[English below]

Ce colloque propose de rassembler des spécialistes du genre épique autour d’un chronotope particulier : le monde méditerranéen étendu (de Gibraltar à la mer Noire) dans une première modernité comprise de la prise de Constantinople (1453) à la campagne d’Égypte emmenée par Bonaparte (qui s’achève en 1801). À ce titre seront abordés des corpus épiques d’Europe occidentale et orientale, du Levant et de la côte nord de l’Afrique, issus de toutes les langues et cultures du pourtour méditerranéen. L’objectif sera double : d’une part, proposer une synthèse de l’histoire du genre dans le chronotope visé, d’autre part, construire un dialogue entre des spécialistes des études épiques qui ont rarement l’occasion de se croiser. Cet inventaire et ces rencontres permettront d’analyser à nouveaux frais les lignes de force nord-sud et est-ouest qui structurent l’espace méditerrannéen moderne : sont-elles aussi pertinentes pour analyser les circulations épiques ?

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This conference invites specialists of the epic genre to focus on corpora from the extended Mediterranean world (from the Strait of Gibraltar to the Black Sea) during the early modern period (defined here as running from the Ottoman conquest of Constantinople in 1453 to Napoleon Bonaparte’s campaign in Egypt and Syria, which ends in 1801). It is hoped the discussions will bear on a variety of epic corpora from Western and Eastern Europe, the Levant, and the northern coast of Africa, originating from all the languages and cultures of the Mediterranean basin. The objectives of the conference are: first, to offer a synthesis of the history of the genre in this specified time and place; second, to open a broad conversation on the topic, involving specialists of as many aspects as possible of this vast expanse of epic literature. The discussions of texts and the conversations between specialists should cast a new light on the North-South and East-West dynamics which structure the early modern Mediterranean region, and their relevance to epic studies.

Épopées méditerranéennes Colloque 22-24octobre 2025, Perpignan

L’épique dans la littérature pour la jeunesse : tradition et variations

Journée d’études

Mercredi 26 et jeudi 27 novembre 2025, Université de Bordeaux (site de Caudéran).

Organisée par Marguerite Mouton (MCF, 9ème section, Lab E3D) et Gersende Plissonneau (MCF-HDR, 9ème section, Plurielles 24142).

Les propositions de communication sont à adresser au plus tard le 31/08/2025. Elles n’excéderont pas 4000 signes et seront accompagnées de cinq mots clé ainsi que d’une bibliographie succincte.

 

Epic! Homer and Nibelungenlied in Translation

Exhibition in the Voltaire Room in the Taylor Institution Library May-June 2024 to accompany the workshop ‘The Reading and Reception of the Homeric Poems and the Nibelungenlied in Germany and Europe from the Eighteenth Century to the Present‘.

Download the publication including a full catalogue of the exhibition: Mary Boyle, Philip Flacke, Timothy Powell: Epic! Homer and the Nibelungenlied in Translation (Treasures of the Taylorian: Cultural Memory, ed. by Henrike Lähnemann, vol. 7), Oxford: Taylor Edition 2024.

Pour en savoir davantage:  https://historyofthebook.mml.ox.ac.uk/epic-homer-and-nibelungenlied-in-translation/

La transgression dans l’épopée

Le 5 juillet 2024

Le REARE a le plaisir d’annoncer que  les Actes du congrès “La transgression dans l’épopée” sont désormais publiés et accessibles à cette adresse:
http://publis-shs.univ-rouen.fr/reare/index.php?id=526

La Transgression dans l’épopée
Actes du VIIIe Congrès international du REARE

Transgression

sous la direction de Hubert Heckmann (maître de conférences en langue et littérature françaises du Moyen Âge à l’Université de Rouen)

Le volume constitue les actes du huitième congrès international du Réseau Euro-Africain de Recherches sur les Épopées (REARE), organisé conjointement par Hubert Heckmann (Université de Rouen/CEREdI) et Claudine Le Blanc (Sorbonne Nouvelle/CERC), qui s’est tenu à l’Université de Rouen les 27 et 28 septembre 2018, grâce au concours du laboratoire CEREdI.

Transgressions diégétiques. L’épopée, récit de transgressions

L’épopée transgressive. Effet épique et gestion de la transgression sociale

Source : Elara Bertho

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30 mai 2024

Les vendredi 07 juin et samedi 08 juin 2024, l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) et La Boîte à Histoire organisent un Festival d’Histoire Populaire (FHP) consacré aux “Paroles populaires” de l’Antiquité à nos jours, paroles enregistrées au cours de l’histoire sur différents supports – de la pierre au microphone – et soumises à de multiples déformations.

https://festivalhistoirepopulaire.fr

A5-programme FHP-WEB

Source : Julien Bruley

Rencontre-lecture avec Sylvie Kandé 6 décembre 2024

Autour de son œuvre La Quête infinie de l’autre rive
Vendredi 6 décembre – Campus Nation
Amphi 120 – 16h30-18h30

Les personnes extérieures à Paris 3 doivent se présenter à l’accueil et y inscrire leur nom, pour pouvoir accéder à l’amphi 120;

La rencontre sera précédée, le mardi 3 décembre, par un vernissage à 18h à la Bibliothèque de la Sorbonne-Nouvelle, d’une table thématique présentant les ouvrages de Sylvie Kandé: https://sites.google.com/sorbonne-nouvelle.fr/la-cite-des-ecritures/accueil?authuser=0