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Appel à communications Dakar 2027 Oralités africaines

« Oralités africaines au XXIe siècle : transmission, mutations et souveraineté épistémologique »

Colloque international
Dakar, 25-26-27 mai 2027
UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

Faculté des Lettres et Sciences Humaines

Les traditions orales africaines — épopées, mythes, contes, proverbes, chants rituels,
généalogies, joutes oratoires — constituent l’un des patrimoines intellectuels les plus riches et
les plus complexes de l’humanité. Elles concentrent des savoirs historiques, philosophiques,
cosmogoniques, juridiques et thérapeutiques capitalisés sur des millénaires.
Pourtant, ce patrimoine fait face, au tournant du XXIe siècle, à des pressions d’une intensité
sans précédent. La disparition progressive des maîtres de la parole, l’urbanisation accélérée qui
fragmente les communautés de mémoire, l’essor des cultures numériques et de l’écrit, et la
persistance d’une hiérarchie épistémologique qui continue de reléguer les savoirs oraux
africains aux marges des productions académiques légitimes sont autant de facteurs qui rendent
urgente une réflexion collective, rigoureuse et engagée sur l’avenir de l’oralité africaine.
Cependant, les mutations XXIe siècle ne sont pas seulement une menace pour les oralités
africaines : elles sont aussi, paradoxalement, un espace d’opportunités et de reconfigurations
inédites. La révolution numérique a profondément transformé les conditions de production, de
circulation et de réception des traditions orales. Les smartphones enregistrent les récits des
anciens que l’écriture n’a jamais pu transmettre dans toute leur dimension sonore et
performative. Les plateformes numériques diffusent des paroles de griots sénégalais, maliens
ou guinéens jusque dans la diaspora à Paris, New York, Montréal… Les algorithmes des média
sociaux font circuler des proverbes, des contes et des chants initiatiques à une vitesse et dans
des espaces que leurs créateurs n’auraient jamais imaginés.
Ces mutations soulèvent des questions d’une complexité remarquable : que devient une épopée
lorsqu’elle est diffusée sur YouTube ? Que reste-t-il de la dimension rituelle et communautaire
de la parole du griot lorsqu’elle est consommée individuellement sur un écran ? La numérisation
est-elle une forme de transmission ou une forme d’archive morte ? Les nouvelles formes
d’oralité — slam, rap, spoken word, podcasts — sont-elles les héritières légitimes des traditions
épiques, ou en constituent-elles une rupture irréversible ?

Au cœur de toutes ces questions se trouve un enjeu fondamental : la question de la souveraineté
épistémologique. Par cette notion, nous entendons le droit et la capacité des sociétés africaines
à produire des savoirs sur elles-mêmes, à partir de leurs propres catégories de pensée, de leurs
propres méthodologies et de leurs propres traditions intellectuelles — sans devoir
systématiquement passer par le filtre de paradigmes conceptuels importés.
L’oralité africaine est, fondamentalement, au centre de cet enjeu pour une raison simple et
décisive : elle est le lieu où les épistémologies africaines se sont le plus librement déployées,
sans les contraintes normatives de l’écrit académique occidental. C’est dans la parole du griot,
dans le récit du mythe, dans la structure de l’épopée que se lisent les logiques profondes des
systèmes de connaissance africains — leurs conceptions du temps, de la causalité, de la
personne, du pouvoir, de la justice et du sacré.
Le présent colloque coorganisé par le laboratoire Littératures, Langues et Sociétés d’Afrique
(LLSA) affilié à la Formation doctorale Études Africaines Francophones de l’École doctorale
Arts Cultures et Civilisations (ARCIV) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la
Formation doctorale Littérature, Arts et Imaginaires Culturels (L.A.I.C) affiliée au Centre de
Recherche en Esthétiques Langagières Africaines (CRELAF) de l’Université Omar Bongo de
Libreville, le Centre de Recherche sur la Critique Littéraire Africaine (CERCLA) de
l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, le Centre de Recherche Interdisciplinaire sur les
Langues, les Littératures, les Arts, l’Histoire et les Cultures de l’Université Assane Seck de
Ziguinchor, l’Université Amadou Mahtar Mbow de Diamniadio et la Bibliothèque centrale de
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, s’articule autour d’une problématique centrale,
formulée en trois questions complémentaires et indissociables :
Comment les oralités africaines se transmettent-elles, se transforment-elles et se réinventent-
elles au XXIe siècle — face aux pressions de la mondialisation culturelle, aux mutations
technologiques du numérique et aux reconfigurations sociales des communautés de mémoire ?
Dans quelle mesure ces mutations constituent-elles des ruptures ou des continuités par rapport
aux traditions orales héritées — et quelles nouvelles formes d’autorité, de légitimité et
d’authenticité émergent de ces reconfigurations ?
Comment les études africaines peuvent-elles contribuer à la construction d’une souveraineté
épistémologique qui place les oralités africaines au centre — et non à la marge — de la
production mondiale des savoirs sur les civilisations humaines ?

AXES THÉMATIQUES
Sans être exhaustifs, les axes suivants sont proposés :
AXE 1 — Héritages et transmissions : les fondements de l’oralité africaine
Ce premier axe interroge les conditions dans lesquelles les traditions orales africaines se
transmettent aujourd’hui. Il s’agit d’examiner à la fois la persistance des formes traditionnelles
de transmission — apprentissage auprès des maîtres griots, rituels d’initiation, cérémonies
familiales et communautaires — et les transformations que ces formes connaissent dans les
contextes contemporains.
AXE 2 — Mutations et reconfigurations : l’oralité africaine à l’ère numérique
Ce deuxième axe explore les transformations profondes que le numérique, les médias et les
industries culturelles mondialisées font subir aux oralités africaines. Il s’agit ici de dépasser les
discours nostalgiques ou catastrophistes pour analyser, avec rigueur et nuance, les
reconfigurations à l’œuvre — leurs logiques, leurs enjeux et leurs effets sur les pratiques, les
formes et les communautés de parole.
AXE 3 — Souveraineté épistémologique : penser l’oralité depuis l’Afrique
Cet axe aborde la construction d’une épistémologie des oralités africaines qui se fonde sur des
catégories de pensée, des méthodologies et des paradigmes endogènes, plutôt que de les
soumettre systématiquement à des grilles d’analyse importées.
AXE 4 — Genres et oralités : les femmes dans les traditions orales africaines
L’axe ouvre une perspective de genre sur les oralités africaines, encore insuffisamment explorée
dans la littérature scientifique. Il s’agit d’interroger la place des femmes — comme
productrices, dépositaires et transformatrices des traditions orales — dans des systèmes souvent
décrits et analysés principalement à partir de figures masculines.
AXE 5 — Oralités, pouvoirs et résistances : dimensions politiques de la parole
Il s’agit d’explorer les rapports entre oralité et pouvoir dans les sociétés africaines
contemporaines. La parole orale africaine n’a jamais été politiquement neutre : elle fonde des
légitimités, conteste des dominations, mobilise des résistances et construit des identités
collectives. Ces fonctions politiques de la parole se reconfigurent de façon significative dans le
contexte du XXIe siècle.
AXE 6 — Oralités comparées : dialogues africains et perspectives transnationales
Le sixième axe ouvre le colloque aux perspectives comparatives et transnationales. Il s’agit de
mettre en dialogue les oralités de différentes aires culturelles africaines — Maghreb, Afrique
subsaharienne, Afrique de l’Est, Afrique australe — et de les confronter aux traditions orales
d’autres régions du monde, afin d’identifier à la fois leurs spécificités et leurs résonances
universelles.

MODALITÉS PRATIQUES
Langue du colloque : les communications se feront en français.
Format des propositions : les propositions de communication de 400 à 600 mots
accompagnées d’une courte notice biographique (150 mots maximum), précisant l’axe thématique choisi sont à soumettre à l’adresse électronique du comité scientifique :
oraf21@ucad.edu.sn au plus tard le samedi 31 octobre 2026.

Coordination du colloque
Pr Cheick Sakho cheick.sakho@ucad.edu.sn / sakhosi2002@yahoo.fr
Comité scientifique
Pr Ibrahima Wane, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal (Président)
Pr Amade Faye, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Amadou Ly, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Cheikh Amadou Kabir Mbaye, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Souleymane Yoro, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Amadou Sow, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Gaël Ndombi Sow, Université Omar Bongo de Libreville, Gabon
Pr Léa Zame Avezo’o, Université Omar Bongo de Libreville, Gabon
Pr Malick François Diouf, Directeur de la Bibliothèque centrale de l’UCAD
Pr Abdoulaye Kéïta, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Mamadou Ba, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Pr Amadou Oury Diallo, Université Assane Seck de Ziguinchor, Sénégal
Pr Albert Ouédraogo, Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, Burkina Faso
Pr Alain Joseph Sissao, Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, Burkina Faso
Pr Moumini Zoungrana, Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, Burkina Faso
Pr Konan Yao Lambert, Université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire
Pr Jacques Kouacou, Lambert, Université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire
Pr Ibrahima Niang, Université Abdou Moumouni de Niamey, Niger
Pr Coudy Kane, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Comité d’organisation
Dr Mbaye Thiao, Université Cheikh Anta Diop, (Président)
Dr Lamane Mbaye, Université Amadou Mahtar Mbow de Diamniadio
Dr Modou Fatah Thiam, Université Gaston Berger de Saint-Louis
Dr Nadège Zang Biyoghe, Université Omar Bongo de Libreville
Dr Serge Ella Ondo, Université Omar Bongo de Libreville
Dr Oumar Djiby Ndiaye, Université Gaston Berger de Saint-Louis
Dr Abdoulaye Dione, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Dr Alpha Oumarou Ba, Université Assane Seck de Ziguinchor
Dr Moussa Diallo, Université Assane Seck de Ziguinchor
Dr Alphousseyni Diatta, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Dr Ibrahima Faye, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Dr Hameth Maïmouna Diop, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Dr Abdoulaye Diome, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
M. Benjamin Louis Martin Diouf, Conservateur des bibliothèques, Bibliothèque centrale, UCAD
Mlle Kadidiatou Ba, Université Cheikh Diop de Dakar
Mme Adama Diop, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
M. Mamadou Moctar Kanté, Université Gaston Berger de Saint-Louis.

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